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Au cours des dernières décennies, la part du budget familial pour la nourriture a baissé, nous
consommons davantage... c'est bien un progrès du niveau de vie ?
Evidemment, nous mangeons pour moins cher que nos parents, et en même temps nous
sommes nombreux à bénéficier d'un plus grand confort.
La société actuelle mesure notre bien-être en fonction de notre capacité à
consommer et à faire le plus de choses dans un temps limité.
Dans notre mode de vie, la technologie remplace le travail humain et crée de
nouveaux besoins, nous passons beaucoup de temps devant la TV ou l'ordinateur, nous consacrons moins d'heures à acheter et préparer nos aliments, etc, nous faisons plus de choses et plus vite,
notre mode de vie quotidien s'est accéléré.
Et n'y a-t-il pas des limites à ce modèle de progrès par la consommation
?
Bien sûr, nous passons plus d'heures dans les transports, parce que trop de
voitures, nos aliments gardent leurs qualités nutritionnelles mais ils perdent leur goût originel et ils sont remplis de pesticides et de conservateurs, nous travaillons moins d'heures mais nous
disons souvent manquer de temps.
Nous consommons davantage mais nous surexploitons nos ressources, nous dégradons
notre environnement, nous amplifions les risques sociaux et environnementaux.
Et concernant l'agriculture, quelles sont ces limites ?
Celles d'une agriculture productiviste, nos agriculteurs affichent des rendements
impressionnants, mais ils sont devenus dépendants de la grande distribution qui fixe les prix sur des bases concurrentielles mondiales, il suffit de voir leurs colères périodiques, dépendants
également des industries chimiques pour les engrais et les pesticides.
Certaines exploitations agricoles sont des usines alimentaires anonymes,
déconnectées de leur contexte social et environnemental, c'est l'emprise de la monoculture et de l'élevage intensif, l'usage intensif de pesticides, l'épuisement et la pollution des eaux
souterraines, avec des conséquences pour la santé et pour la biodiversité.
Alors, comment sortir de cette logique ?
Pas facile de corriger les dégâts environnementaux de plusieurs décennies
d'agriculture chimique, mais la prise de conscience environnementale au niveau national, les initiatives nombreuses d'une agriculture raisonnée, les risques pour la santé perçus par les
consommateurs, la volonté du gouvernement de promouvoir l'agriculture bio (passer de 2% des terres cultivables, à 6% en 2012 puis à 20% en 2020), tout cela concourt à faire bouger le modèle
actuel, mais comment atteindre des objectifs aussi ambitieux.
Pour avancer, il est nécessaire également que les consommateurs s'intéressent
davantage aux modes de production agricole et se mobilisent pour forcer le cours des choses, les expériences se multiplient en favorisant l'agriculture de proximité.
Divers moyens existent: les AMAP, l'achat de terres (ex:association terre de
liens), les exploitations agricoles d'insertion, les jardins familiaux, on pourrait imaginer d'élargir l'autorisation de jardins potagers dans les zones pavillonnaires urbaines, d'exploiter
autrement les terres agricoles périurbaines, et toutes autres solutions favorisant l'autonomie alimentaire, etc.
En fait, c'est une nouvelle façon de voir l'alimentation dans son mode de vie
?
Oui, c'est dépasser son statut de consommateur, achetant au plus vite et au prix le
plus bas, c'est accepter de passer plus de temps à connaître, à préparer et à apprécier ce que nous mangeons, c'est se sentir solidaire du producteur et lui reconnaître un rôle important dans la
vie locale, c'est respecter la terre comme élément vivant, c'est tisser des liens, créer des échanges et des engagements réciproques entre consommateurs et producteurs.
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