Pour écouter la chronique :
Bonjour Laurence, aujourd'hui tu vas nous parler de munitions « vertes » : les militaires se
mettraient-ils à l'écologie ?
Et pourquoi pas ? Oui, à première vue, le souci de l'environnement n'est pas la priorité des militaires,
particulièrement en temps de guerre bien sûr.
Mais en fait il s'agit d'une réflexion entamée il y a plusieurs années par le ministère de la Défense,
qui a lancé sa Stratégie nationale de développement durable en 2003.
En fait, les liens entre Défense et environnement sont nombreux, qu'il s'agisse des impacts des activités
industrielles, ou des opérations sur terre ou en mer ; les terrains militaires sont pollués par endroits, au plomb par exemple, mais sont aussi souvent des sanctuaires de la
biodiversité.
Et pourquoi des munitions vertes ? Il y a une contradiction fondamentale ?
La recherche de munitions ou d'armement verts répond à plusieurs problématiques. Tout d'abord ils sont aussi
utilisés en temps de paix, pour l'entraînement par exemple. Le plomb ainsi que d'autres substances toxiques polluent les sols et les nappes phréatiques et constituent aussi un danger pour les
soldats.
Ensuite, les fabricants d'armements peuvent faire valoir un avantage compétitif : la prise en compte de
l'environnement dans le développement de l'hélicoptère NH90 a été décisif dans le choix de pays comme la Suède ou la Finlande.
Enfin, plus important, de nombreuses munitions utilisées dans un conflit n'explosent pas et restent au sol,
constituant un danger pour les populations civiles après le conflit.
Il s'agit des mines ?
Oui, les mines anti-char, les mines anti-personnelles, les bombes à sous-munitions, qui continuent à faire des
victimes civiles des années après la fin d'un conflit et qui empêchent souvent les paysans de cultiver à nouveau leurs champs une fois le conflit terminé.
Ces « bombes sales » sont mal acceptées par la société civile, d'où des programmes de recherche pour
les rendre biodégradables. Mais les solutions trouvées ont été jugées trop chères ! On s'oriente donc maintenant vers la conception de nouvelles armes, plus « intelligentes » dans
le sens où elles seraient plus ciblées, et où elles pourraient être retirées du terrain après le conflit.
Tu as parlé d'acceptation par la société civile ?
Oui, l'association « Handicap International » en particulier a fait campagne il y a quelques années
pour interdire les mines anti-personnelles, et elle a gagné en grande partie, puisque le traité d'Ottawa a été signé en 1997 et ratifié par presque tous les pays, à l'exception notable des
Etats-Unis.
Handicap International fait campagne actuellement pour l'interdiction des bombes à sous-munitions et a obtenu
une première victoire en décembre 2008 avec la signature du traité d'Oslo, ratifié par une centaine de pays.
Même si un traité a été conclu pour l'interdiction des bombes à sous-munitions, il n'est pas trop tard pour
vous exprimer et pousser les pays non signataires à ratifier le traité.
Les citoyens peuvent donc faire bouger les choses ?
Oui, et nous en avons la démonstration : ces traités ont été signés grâce aux centaines de milliers de
personnes qui ont signé ces pétitions partout dans le monde.
Votre voix compte, que ce soit quand vous signez une pétition ou quand vous écrivez à un élu, un directeur
d'entreprise, pour protester ou pour faire des propositions.
Voir notamment :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_rouge_(s%C3%A9quelles_de_guerre)
Juste un extrait :
"Il semble que les nouveaux propriétaires et usagers des sites de la zone rouge ou jaune n’aient jamais été avertis de tous les risques liés aux séquelles de guerre, dont une possible pollution différée par le mercure (bioconcentration des retombées de résidus de fulminate de mercure des millions d'obus tirés sur ce secteur, ou fuites à partir d’amorces enfouies dans le sol) et par le plomb (qui a été très utilisé en 1914-1918, notamment avec l’usage parfois intense des shrapnells)."
Amicalement,
Marc